【Interview MMN: 1ère partie】 “Lorsqu’on prend plaisir à quatre sans se prendre la tête, ça donne forcément de l’ Asian Kung-Fu. On ne peut pas s’en empêcher, c’est comme une maladie incurable”

29.November.2018 | FEATURES / MUSIC

Le 9ème album d’ASIAN KUNG – FU GENERATION, “Hometown”, est tout simplement un chef-d’œuvre. Ayant fait leurs débuts dans les années 90, ils ont su conserver des influences power pop et rock alternatif de cette époque tout en renouvelant leur registre avec les tendances du moment. Tout en accueillant de nombreux auteurs comme Rivers Cuomo des WEEZER, leurs œuvres sont au final toujours empruntes d’une atmosphère si propre au groupe. Nous avons découvert cette fois que leur secret résidait en fait dans leur environnement de production… Dans cet interview, nous parlerons de « Hometown » qui a été selon leur dires si plaisant à composer, ainsi que le monde d’Asian Kung-Fu qui voyagent en ce moment aux quatre coins du globe.

Interview / Rédaction : Ato “DA” Daishi

Traducteur : Japanistar

 

【Interview MMN: Deuxième partie】 « Je rêvais déjà de pouvoir jouer à l’étranger au moment où l’on a formé le groupe, mais je n’aurais jamais pensé que notre musique toucherait l’autre bout du globe ! »

 

――Hometown” est votre premier album complet en trois ans et demi. D’un point de vu de la réalisation du travail, qu’a signifié tout ce temps-là pour vous ?

 

Goto : Trois ans et demi, oui, mais on n’a pas chômé pendant ce temps-là !

Kita : On a eu par exemple le live de la célébration des 20 ans du groupe.

Goto : Mais, ce fut aussi l’occasion de se réapproprier l’identité du groupe… Par exemple, en contribuant à des Tribute Albums, nous avons pu comprendre quelles sont nos sonorités de prédilection, et ce temps a été très précieux pour vérifier ce dont nous étions capables.

 

――Je vois. Je trouve cependant que cette œuvre à une couleur différente par rapport aux précédentes. S’est-il passé quelque chose en particulier ?

 

Goto: Le plus gros changement est sans doute dû au réaménagement de notre studio. Il y a environ trois ans, nous avons emprunté un sous-sol, et y avons peu à peu transporté du matériel. Ainsi, l’environnement d’enregistrement et de mixage du groupe s’est bien installé depuis environs un an et nous a servi de support afin de réaliser diverses expériences musicales et enrichir notre son. C’est ce qui a beaucoup joué.

 

――En clair, vous avez eu le temps de « faire joujou », sans contrainte de temps et de budget. 

 

Goto:C’est vrai. Surtout en ce qui concerne l’enregistrement de la guitare, je pense qu’on peut tout à fait être fiers du rendu. Tout le monde a essayé différents effets, changer rapidement les amplificateurs, et ai moi-même réglé les microphones, tout ça dans une ambiance bon enfant. C’est pourquoi je pense que l’influence du chant et de la guitare a été particulièrement forte.

 

――Même avec 20 ans de formation musicale, c’est étonnant que vous parveniez encore aujourd’hui à faire de nouvelles découvertes.

 

Goto:Notre humeur peut fortement changer selon le studio que l’on utilise. Un bon studio nous permet de nous sentir mieux, et un changement d’environnement est toujours bénéfique quoi que l’on fasse.

 

――Kita, que pensez-vous personnellement de ce changement ressenti dans cette œuvre ?

 

Kita:Depuis que Gotch (Gotoh) fait carrière solo et que Kiyoshi (Kiyoshi Ijichi) joue aussi dans le groupe PHONO TONES, nous nous sommes demandés tous les quatre ces dernières années de quoi était capable Asian Kung-fu. Nous étions en quelque sorte enfermés dans une impression que l’on ne pouvait produire qu’un seul type de musique, mais nous nous sommes libérés dans cette dernière œuvre et introduit des éléments pop que nous aimions tant depuis nos débuts

 

――Cette œuvre rappelle indéniablement le rock alternatif des années 90. Qu’en pensez-vous ?

 

Kita:C’est ces mots-clés qu’a proposé Gotch au stade de création et d’arrangement de la chanson, c’est pourquoi nous nous sommes mis à réécouter des musiques de l’époque en tâtonnant pour retrouver ce style-là. C’était très amusant, vraiment.

 

――Pourquoi ces mots-clés ?

 

Goto:À l’origine, j’adore les sonorités des années 90, en particulier celui de la guitare. Je trouve cette époque intéressante car ils n’avaient pas froid aux yeux quant à expérimenter de nouvelles choses. C’est aussi là que nous avons vécu notre jeunesse. En combinant le timbre de la guitare et en introduisant une rythmique actuelle, je me suis dit que cela donnait naissance à un nouveau genre de rock alternatif. Si on prend l’exemple du rap qui est très à la mode dans le monde entier en ce moment, on peut observer que les basses résonnent très grave. Comme le rock utilise de vrais instruments, il est difficile de reproduire un tel son, mais je me suis dit que ça valait le coup de relever le défi. Ensuite, nous avons réécouté les grands classiques américains comme PAVEMENT, Dinosaur Jr, BECK et, bien sûr, WEEZER en réintégrant les sonorités intéressantes des années 1990.

 

――Voilà pourquoi on sent une certaine nostalgie qui fait chaud au cœur lorsque l’on écoute ce nouvel album. L’autre caractéristique intéressante est que beaucoup des chansons sont issues de collaboration avec d’autres artistes. N’est-ce pas ?

 

Goto:Comme en 20 ans de carrière, nous avons pu développer notre propre style, nous nous sommes dit que cela pourrait être intéressant de travailler avec des producteurs et de nouveaux artistes à l’étranger. Je me suis alors dit “ça ne coûte rien d’essayer !”, et en parlant du projet à différentes personnes, j’ai été surpris de voir que pas mal d’entre eux étaient intéressés.

 

――- Je vois.

 

Goto:Comme l’heure est aux playlists en ce moment, j’avais pensé au début que nous pourrions varier les styles en prenant de nouvelles directions, mais en travaillant avec Rivers Cuomo (WEEZER), notre coup de cœur pour le power pop et le un rock alternatif a finalement pris le dessus. C’est pourquoi en avançant dans notre travail, plusieurs choses ont changé.

 

――C’était donc ça.

 

Goto:Bien que la collaboration avec Rivers Cuomo ait été décidée dès le début de l’album, nous avions eu peur un moment donné que nous nous soyons embarqués dans un projet un peu trop sérieux par rapport à ce qu’on avait pensé au début ! (Rires) Comparé aux chansons de Rivers, j’avais peur que les chansons d’Asian Kun-Fu soient un peu trop rudimentaires, et mon âme d’auteur-compositeur aurait pris un sacré coup ! C’est pourquoi je me suis énormément donné pour cette chanson.

 

――Il n’y avait pas que Rivers, mais aussi Butch Walker, FEEDER et Grant Nicholas, non ?

 

Goto:Pour Butch Walker, c’est Cuomo qui s’est souvenu un peu plus tard : “Eh, j’ai fait cette chanson avec Butch Walker, alors faudra lui donner crédit ! ” et j’ai dit : “T’es dangereux toi ! Imagine qu’on nous attaque en justice par ta faute ! (Rires)”.

 

――C’est vrai que c’est dangereux (rire). A côté de ça, vous avez collaboré avec de vieux amis à vous comme Horie des Straightener et Simoryo de the chef cooks me, mais aussi d’autres jeunes artistes. J’en ai pensé que l’équilibre des invités était très bon. 

 

Goto:Eh bien, j’ai l’impression qu’on s’est cantonné à notre milieu, mais nous avons beaucoup pris plaisir à collaborer avec d’aussi bons musiciens.

 

--Alors que de nombreux musiciens extérieurs participent, le fil conducteur d’Asian Kung-Fu a bien été conservé, et a donné un rendu homogène où on sent que vous y avez tous mis la main à la pâte.

 

Goto : C’est vrai. Au cours de ces trois dernières années a analyser nos propres musiques, une sorte d’« ossature » s’en est dégagée, comme un son bien affirmé qui nous est propre. C’était très intéressant. Ceci n’était pas volontaire, mais lorsqu’on prend plaisir à quatre sans se prendre la tête, ça donne forcément de l’Asian Kung-Fu. On ne peut pas s’en empêcher, c’est comme une maladie incurable. C’est ainsi, on n’y peut rien.

 

Alors que de nombreux musiciens extérieurs participent, le fil conducteur d’Asian Kung-Fu a bien été conservé, et a donné un rendu homogène où on sent que vous y avez tous mis la main à la pâte.

 

Goto : C’est vrai. Au cours de ces trois dernières années a analyser nos propres musiques, une sorte d’« ossature » s’en est dégagée, comme un son bien affirmé qui nous est propre. C’était très intéressant. Ceci n’était pas volontaire, mais lorsqu’on prend plaisir à quatre sans se prendre la tête, ça donne forcément de l’Asian Kung-Fu. On ne peut pas s’en empêcher, c’est comme une maladie incurable. C’est ainsi, on n’y peut rien.

 

Haha ! Cependant, je pense que de nombreux éléments n’étaient pas présents auparavant comme une progression des accords simple, ou un épurement des notes.

 

Ijichi : Le nombre kick a été réduit afin de donner de l’importance aux notes seules et donner du rythme. Lorsque vous recherchez à donner de la qualité à unenote, le nombre de sons diminue naturellement. C’est ce qu’ils font souvent à l’étranger. Même si j’aime bien les musiques compliquées des jeunes japonais d’aujourd’hui.

Goto : Ouais, en plus je peux pas m’empêcher de jouer de ma guitare.

Kita : T’es trop inquiet.

 

C’est comme un jeu, de vouloir compléter le vide entre les notes.

 

Kita : C’est souvent ça quand on est jeune.

Goto : Comme quand on a peur de rater le boulot, alors qu’on bosse pas ce jour-là.  

 

– Haha !

 

Kita : Je lui dis tout le temps : « eh, t’as le droit de te reposer, tu sais » !

Goto : Et je dis : « Mais non je peux le faire ! », et je joue mais au final, ça efface les autres notes.

Kita : C’est comme ça qu’il a réussi à épurer le son.

 

– Qu’en est-il de la basse ?

 

Yamada : Comme dans les autres parties, la possibilité de jouer les aigus augmente à mesure que l’on fait des phrases musicales. Mais cette fois, cela était inutile vu que nous cherchions un rendu grave, et les phrases sont devenues naturellement simples. Nous avons mis l’accent sur le son plutôt que sur l’arrangements.

 

– M. Goto a mentionné son nom plus tôt, mais j’ai pu constater dans « Circus » de nombreux éléments rappelant le groupe PAVEMENT. Ce qui est bien dans cette œuvre, est que l’on retrouve un esprit bon enfant qui fait sourire les auditeurs de rock des années 90.

 

Goto : À l’origine, “Circus” était un mix assez ennuyeux, mais l’ingénieur Greg Calbi a déclaré : “Cette chanson est trop plate, je vais la rendre plus dynamique et intéressante”.

 

Kita : C’était la chanson la plus plate de l’album.

 

– Je me suis demandé en écoutant “Hometown” et en regardant les clips vidéo si ce n’était pas là un hommage à RENTALS ?

 

Goto : C’est le réalisateur qui a fait ça donc on n’en sait trop rien, mais nous sommes fréquemment en contact avec Matt (·Sharp) des RENTALS. Au cours des trois dernières années, on est même allés chez lui pour faire un barbecue.

 

– Wow ~!

 

Goto : Il nous dit « Je fais un barbecue donc venez ! » sauf que quand on y est allé il n’avait rien préparé à part le charbon. « Vous pouvez faire ce que vous voulez ! » qu’il nous dit, mais on ne savait pas qu’il fallait chacun ramener un truc ! (Rires)

 

– Fallait le dire plus tôt ! (Rires).

 

Goto : Au final, on est rentrés le ventre vide. Y avait rien à manger, mais il y avait une tonne de bières. Ça me dit rien de boire le ventre vide ! Voilà comment il est, très marrant comme personnage.

 

– En vous écoutant parler jusque-là, j’ai l’impression que ces trois ans et demi ont été très bénéfiques pour vous quatre. Aussi bien sur plan musical que personnel.  

 

Goto : On a eu énormément d’expériences. Nous avons enchaîné les tournées en Amérique du Sud, en Europe et aux États-Unis. Nous n’avions pas du tout l’intention de nous reposer.

 

– Nous n’avons pas du tout le sentiment que cet album sort après une pause de trois ans et demi. De plus, la première édition comprend 5 chansons “Can’t Sleep EP”. Pourquoi cela ?

 

Goto : Je ne voulais pas faire acheter deux morceaux séparés ce qui fait une double charge pour l’acheteur. Et parce que je pense que les gens qui achètent des albums à notre époque le font car ils aiment vraiment notre travail et je voulais qu’ils aient un petit avantage. Comme la plupart des gens vont écouter sur Spotify, je me suis dit : “Est-ce qu’il est vraiment nécessaire de les sortir séparément ?”. Le fait d’écouter un album entier pendant une heure ne me semblait pas tout à fait d’époque non plus. C’est pourquoi nous avons divisé cette œuvre en 10 et 5 chansons, en leur donnant chacunes un sens, ce qui sera je pense plus facile à écouter.

 

– M. Yamada, vous étiez en charge de la composition et du chant principal de “Yellow” dans “Can’t Sleep EP”.

 

Yamada : Je ne sais pas si dans cette chanson on peut qualifier ce que je fais de « voix principale » (rires). Elle a été composée par les membres autres que Gotch, Bien qu’elle ait un cachet légèrement différent des autres chansons, je suis content qu’elle ait finalement été enregistrée dans l’album. Même si j’étais loin de me douter que j’allais moi-même être le chanteur principal (rires).

 

Continue dans la deuxième partie

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